Simonetta Greggio, Femmes de rêve, bananes et framboises

Ed. Flammarion, 2015                                                                                                                        collection « Fiction Française »                                                                                                                ISBN 2-081-22404-9

Pour intituler son dernier recueil de nouvelles, Simonetta Greggio emprunte les paroles à une chanson de Paolo Conte : Donne di sogno, banane e lamponi* — Femmes de rêves, bananes et framboises, mots qui nous renvoient à une ambiance ensoleillée empreinte d’une légèreté avec un goût de plaisir. Pourtant, les thèmes abordés dans ces histoires qui ont peu en commun sont loin d’être futiles ou superficiels. Bien au contraire, évoquant chacun à sa manière le drame du destin humain et les questionnements qui l’accompagnent, ils reflètent profondément les réalités de la vie des femmes et des hommes confrontés à leurs propres choix, à leur propre vulnérabilité, toujours à la lumière de l’amour.

Car Simonetta Greggio sait parler de l’amour, comme en témoignent, par exemple, ses livres La douceur des hommes  (Stock, 2005) ou L’homme qui aimait ma femme (Stock, 2012). Cette journaliste et écrivaine italienne d’expression française installée en France depuis 1981 qui a commencé sa carrière en écrivant les ouvrages consacrés à l’art de vivre et à la cuisine, sort son premier roman en 2005 et se démarque rapidement par son écriture sensuelle, subtile et emphatique. Sa passion pour l’Italie transparait dans ses textes en permettant de découvrir chaque fois une nouvelle facette de ce pays.

Cesser de rêver

La singularité du style de Greggio apparaît particulièrement dans les sept nouvelles du recueil Femmes de rêve, bananes et framboises qu’elle considère comme « des états d’âme ». Le lecteur en trouve la preuve dans la sincérité des personnages, réels ou fictifs, dans l’authenticité de leurs émotions et leurs réflexions.

« Il n’y a rien de pire qu’un beau rêve quand on est enfermés dans un camp comme celui-là. Il n’y a rien de pire que ne pas avoir froid, ne pas avoir faim, parce que quand la réalité revient on n’a pas envie de quitter la douceur pour l’atrocité, la chaleur pour l’horreur glacée. Un beau rêve est une cruauté de plus pour un homme qui se meurt dans cet endroit […] .» (p.26)

se confie un rescapé d’Auschwitz à son interlocuteur, en racontant l’histoire de sa survie grâce à une chienne qui est devenue sa meilleure amie (« Os de Lune »). Le tragique de l’existence humaine est également éclairé dans la nouvelle « Signor giudice » qui fait l’écho à deux romans de Simonetta Greggio, Dolce Vita 1959-1979 (Stock, 2010) et Les Nouveaux Monstres 1978-2014 (Stock, 2014) en évoquant des inquiétantes réalités de la société italienne gangrenée par la Mafia et la corruption. Ici, dans la lettre adressée au juge antimafia, son futur assassin dévoile non seulement le modus operandi de Cosa Nostra, mais aussi le drame personnel qui le réunit avec son ennemi et sa victime :

« Le mal, monsieur le juge, change de forme, de procédé et de mode opératoire, mais il demeure égal à lui-même dans l’espace et le temps. Nous faisons partie, vous et moi, du même monde : j’existe parce que vous existez, deux occurrences nécessaires l’une à l’autre, pas d’ombre sans lumière, et réciproquement. » (pp.64-65)

Dans la vie et dans la mort

Cependant, c’est dans son approche de l’amour que Simonetta Greggio révèle sa main de maître, en dévoilant l’essentiel grâce à sa plume libre et incisive. Ses personnages, tous en quête d’amour, se questionnent sur son sens et sur son rôle dans leur vie. Pour l’héroïne de la première nouvelle « Nous sommes tous des enfants de Cassius Clay », l’amour est « une forme de compassion animale » qu’elle éprouve pour son amant, mais c’est également quelque chose de plus grand, de plus insaisissable, qui se trouve entre la vie et la mort :

 « Cette naissance, cette mort, je les revivais chaque fois avec Abraham. Ensemble, nous étions plus vivants que jamais, et plus que jamais conscients du corps qui battait, et que, bientôt, rien de tout cela ne battrait plus. Voilà ce que j’appelle amour. » (p.18)

C’est ici que Greggio exprime une intimité, comme elle fera plus tard dans la nouvelle « Il pleuvait quand je suis partie », en mots intenses, fougueux, passionnés qui font l’effet d’une décharge électrique, à bout de souffle, à bout de cœur…

Pour Simonetta Greggio, le lien entre l’amour, la vie et la mort est évident, inexorable, indestructible. Il se dessine en filigrane dans chaque histoire pour se manifester avec force dans la dernière nouvelle au titre éponyme du recueil qui représente une sorte de manifeste de vie de la narratrice. En imaginant le jour de son enterrement, elle énumère tout ce qu’elle a aimé le plus en révélant ainsi la vraie valeur de ces petites choses qui font notre bonheur :

« J’ai passionnément aimé les papillons, surtout les bleus. Mon grand père avec son chapeau de paille et sa chemise blanche, une bêche à la main. L’odeur du foin mûr.[…] La neige qui crisse sous les pas. Le brouillard qui danse par nappes voilées dans la campagne à l’automne. […]Les yeux noirs de mon amoureux. […]Penser à la mort. Penser à la vie. » (pp.132-134)

Sa liste finit par la vie comme un défi à la mort, comme une nécessité d’aimer aussi.

Mélodieuses, troublantes, poignantes et tellement passionnées, ces nouvelles de Simonetta Greggio poussent à s’élever au-dessus de la routine, au-delà de la médiocratie, pour regarder la vie en face et étreindre l’amour sans hésitation.

Andreya Khylya, AS Bibliothèques-Médiathèques, 2017-2018.

* Paolo Conte, Onda su onda, 1974

Sources 
http://www.lexpress.fr/culture/livre/dolce-simonetta_822114.html : L’EXPRESS, Livres, Dolce Simonetta par Delphine Peras, publié le 26/04/2007 à 00:00
http://www.francetvinfo.fr/replay-radio/info-culture/simonetta-greggio-des-nouvelles-de-lamour_1776279.html : Franceinfo, Simonetta Greggio : des nouvelles de l’amour par Anne Chépeau, mis à jour le 23/04/2015 à 07:18, publié le 23/04/2015 à 07:18
http://www.lci.fr/culture/femmes-de-reve-bananes-et-framboises-pourquoi-le-chien-tient-a-coeur-a-simonetta-greggio-1198948.html : LCI, Culture, « Femmes de rêve, bananes et framboises » : pourquoi le chien tient à cœur à Simonetta Greggio par Michel Field, mis à jour : le 28/04/2015 à 06h29, créé : le 28/04/2015 à 06h29

Biographie de l’auteur :

Nationalité : Italie
Né à : Padoue, Italie , le 21/04/1961
 Arrivée à Paris en 1981, où elle vit depuis, elle a été journaliste pendant plusieurs années, collaborant à des revues et magazines divers dont City, Télérama, La Repubblica, Figaro Madame…

 

Bibliographie sélective de l’auteur 
La douceur des hommes, éditions Stock, 2005
Étoiles, éditions Flammarion, 2006
Dolce Vita 1959-1979, éditions Stock, 2010. –  Finaliste du prix Renaudot et du prix Interallié
L’homme qui aimait ma femme, éditions Stock, 2012
Black Messie, éditions Stock, 2016. – Prix Casanova 2017