Patrice  FRANCESCHI, 
Première personne du singulier

Ed. Points, 2016.
ISBN 2757849735

Né à Toulon en 1954 et d’origine corse, Patrice Franceschi est à la fois un écrivain et un voyageur. Il part à la découverte du monde dès son plus jeune âge grâce à son père, un officier parachutiste envoyé en Afrique dans les années 1950. Il commence l’écriture de poèmes et de récits très jeune et devient pilote d’avion, plongeur, parachutiste, marin professionnel et étudiant en Philosophie à la Sorbonne. Il réalise également différents documentaires et effectue des expéditions ethnologiques à travers le monde ainsi que des missions humanitaires. Dans les années 2000, il devient Président honoraire de la Société des Explorateurs Français et titulaire de plusieurs décorations. Il reçoit  le prix Goncourt de la Nouvelle en 2015 pour Première personne du singulier.

« Quarante vies contre une » (p.55) : c’est le choix que Patrice Franceschi laisse au Capitaine Flaherty. Entre histoires de marins et faits de guerre, le recueil de nouvelles Première personne du singulier nous fait traverser le temps avec des personnages confrontés à des choix cornéliens qui saisissent le lecteur.

L’écrivain-voyageur et sa poésie

Que ce soit en pleine mer, à bord d’un bateau tourmenté par les eaux ou en province, encerclé par les Allemands, Patrice Franceschi plonge le lecteur dans des histoires à la fois extraordinaires et tragiques. Les lieux, la temporalité, les personnages changent à chaque nouvelle en ne laissant comme fil conducteur que le dilemme des personnages. Connu comme étant un écrivain-voyageur, un marin ou encore un parachutiste, l’auteur partage ses passions avec son lecteur au travers d’histoires tragiques. Deux ans après Avant la dernière ligne droite, récit de ses expéditions dans différents pays, Patrice Franceschi s’essaie à l’exercice de la nouvelle en narrant cette fois les aventures de personnages fictifs.

Avec une écriture à la fois simple et romanesque, Patrice Franceschi monte des décors réalistes. L’auteur ne travaille pas sur la description formelle et schématique des lieux mais sur la mise en forme des espaces à travers l’action progressive des personnages et les évènements narrés : « […] on navigua à l’estime et les lieutenants furent sans cesse à l’ouvrage au-dessus de leurs cartes, les timoniers ne quittant pas des yeux le compas de barre dont le cuivre luisait sous la lueur tremblotante des lampes à huile – […]. » (p.32) Utilisant un vocabulaire propre à chaque situation, le champ lexical de la mer pour « Un fanal arrière qui s’éteint » ou encore celui de l’armée dans « Carrefour 54 », l’auteur plonge le lecteur dans les différentes atmosphères avec simplicité. Il adopte les codes classiques tout en imprégnant son recueil d’une écriture poétique, moderne et percutante.

Des personnages tragiques

Chaque personnage a également son rôle à jouer dans Première personne du singulier. Malgré leur caractère fictif, chacun d’entre eux témoigne d’une époque qui parait familière au lecteur. Que ce soit le capitaine Flaherty à bord de son bateau dans les années 1800, Vernaud au milieu d’un champ de bataille en 1940 ou encore le naufragé Marc Wells retrouvé en 2013, toutes les situations sont envisagées. Les histoires permettent alors au lecteur de s’identifier aux personnages et de comprendre la complexité des choix qui se présentent à eux : «  “Alors, qui choisissez-vous ? cria l’officier blond. Je veux vous voir tous les deux regarder vos enfants dans les yeux et dire aux uns : tu restes avec moi, aux autres : je te laisse seul !
– Jamais ! ” hurla Madeleine (…). Et elle demeura là, immobile et pantelante. » (p.160)

Ce sont les situations et les choix que doivent prendre les personnages qui les rendent exceptionnels.

« Si l’on est plus que mille, et bien j’en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encore Scylla ;
S’il en demeure dix, je serai le dixième ;
Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là ! » (p.72)

Cette citation hugolienne tirée d’«Ultima Verba » conduira la vie et les décisions funestes du Lieutenant Vernaud au « Carrefour 54 ». Le Capitaine Flaherty, Vernaud, Wells ou encore Madeleine et Pierre-Joseph… Tous chercheront au fil des quatre nouvelles du recueil à contourner leur destin ou à s’y confronter. Certains sont plus fragiles et cherchent des échappatoires, d’autres sont déterminés et acceptent d’une certaine manière leur destin. Ce qu’ils ont en commun ? Leur courage et les dilemmes auxquels ils font face à la manière d’une tragédie.

Fatalement…

Patrice Franceschi a pour objectif de représenter l’idée du choix extrême au lecteur tout en l’incluant dans des situations envisageables. La troisième nouvelle, décrivant la mise en péril de migrants sur les mers et la décision d’un capitaine de ne pas leur porter secours, montre que l’homme ordinaire peut avoir à choisir la vie ou la mort d’autres hommes. En effet,  « (…) le capitaine se tourne vers Jack et ajoute, à peine moins amène :  » Reprenez la route, mon vieux. Il y a trop de monde sur cette baille de merde ; même si on le voulait on n’aurait pas assez de place à bord pour prendre tous ces gens. »  »(p.113). Se pose alors cette question : qui serions-nous dans cette situation ? Le bourreau ou le sauveur ?

Les actes, leurs conséquences et les fins tragiques sont les lieux où nous mène Première personne du singulier. Le recueil, racontant les situations les plus difficiles pour tout un chacun, est à la fois une leçon de vie profitable et une réflexion sur la nature de l’homme, en toute simplicité.

M.B., AS. Bibliothèques-Médiathèques, 2017-2018

Sources :
France Inter https://www.franceinter.fr/personnes/patrice-franceschi

Biographie de l’auteur :

Nationalité : France
Né à : Toulon, le 18/12/1954
Depuis les années 1970, cet écrivain, cinéaste, marin et pilote, multiplie les expéditions à travers le monde.
Président de la Société des explorateurs français (2002 – 2006), détenteur de la grande médaille de l’exploration de la Société de Géographie.

Bibliographie non exhaustive de l’auteur :
Un capitaine sans importance, éditions Robert Laffont, 1987.
Avant la dernière ligne droite, éditions Arthaud, 2012.
Terre Farouche : au coeur de l’Amazonie, éditions Archipoche, 2013.
Mourir pour Kobané, éditions des Equateurs, 2015.
Combattre !  (essai), éditions de La Martinière, 2017.
Dernières nouvelles du futur, éditions Grasset, 2018.

Pour aller plus loin :
Entretien avec François Busnel dans l’émission « La Grande librairie »