Valérie ZENATTI
Jacob, Jacob

Editions de l’Olivier, 2014.
Editions Points, 2016.
ISBN 2757854877

Jacob Melki appelé au combat

Dans Jacob, Jacob, Valérie Zenatti nous transporte en 1944, au sein d’une famille algérienne profondément marquée par les traditions. Huit personnes habitent ensemble dans une petite maison des rues de Constantine. Les Melki, des grands parents paternels jusqu’aux petits enfants, vivent à l’étroit dans cette demeure où les non-dits sévissent. Parmi eux, Jacob, jeune garçon insouciant de dix-neuf ans, fait la fierté et le bonheur de la famille. Sensible et aimé de tous, par sa beauté, sa voix, sa bonté et son intelligence, il finira sans doute médecin.
Mais Jacob, appelé à défendre la France, est enrôlé dans l’armée en juin 1944. Quelque temps plus tard, le jeune garçon se retrouve au cœur du débarquement en Provence. En découlent de nombreux chagrins, des attentes et de faux espoirs, où la figure d’une mère aimante se détache du cœur familial.
Petit à petit, le récit se découpe entre des instants vécus par Jacob arrivé sur les terres du combat, et entre la vie des Melki restés à Constantine. Le jeune Algérien découvre la guerre et son décor sinistre, empli de violence et de cadavres. Mais par-dessus tout, il démasque de nouveaux sentiments en lui : la haine et la soif de vengeance envers l’ennemi, nourries par sa fierté de servir la France et par l’acclamation des nouveaux libérés, mais aussi la peur et le manque de son pays natal qui l’emmènent vers des nuits plus sombres. Au milieu des combats, chacun semble petit à petit perdre son identité.

« Une balle, deux, trois, quatre, il ne les compte plus, pas plus qu’il ne compte les corps qui s’écroulent devant lui, fauchés en pleine course, il ne tire pas sur des hommes, il tire sur des ombres qui faut éliminer sans réfléchir […] ». (p.71)

L’image du Jacob joyeux et souriant s’estompe face à l’épreuve des combats, mais le personnage retrouve son charme lors de soirées festives pour célébrer la libération de certaines villes. S’il a connu la guerre, le Constantinois connaîtra aussi les joies de l’amitié, de la convivialité, et de l’amour.
Au-delà de la mer Méditerranée, les Melki attendent désespérément le retour de Jacob, qui manque considérablement à leur vie. Cette partie du récit est surtout centrée sur Rachel, la mère du jeune soldat, qui écoute la radio dans l’espoir d’entendre des nouvelles de son fils. D’une certaine dureté, ces moments nous plongent dans le quotidien de la famille, au dessus de laquelle plane une constante angoisse.

Une plume singulière

Ce roman relève toutefois d’un style très particulier, comprenant de longues phrases pouvant faire une page, parfois même deux, scandées par des formules de quelques mots. Si la longueur du propos peut s’avérer déroutante, la ponctuation juste et maîtrisée permet une lecture agréable. L’auteur fait encore preuve d’originalité, en alternant sujets et points de vue au sein d’une même phrase :

« […] un camion passe en soulevant sous ses roues un vacarme de tôle entrechoquée, transmettant un deuxième frisson à Jacob, qui descend vers la fille, foulées régulières accordées à sa respiration, les mots martèlent ses tempes, quand les résultats, du baccalauréat, arriveront, je serai, déjà, parti, l’entraînement, les classes, ils appellent ça, […] » (p.14)

Valérie Zenatti s’attache à employer un vocabulaire à la fois dur à l’image de la guerre, mais également doux, témoignant de l’atmosphère de l’Algérie.

« […] la lumière s’ingénie à peindre les pierres dans des teintes allant de l’argent au noir, et les jours où le ciel détrompé se remet à peine de l’orage, une lumière dorée éclabousse les falaises. » (p.12)

Une écriture unique et marquante ressort du roman. C’est d’ailleurs ce trait personnel de l’auteure qui donne son charme au récit, et qui reste en mémoire.
Jacob, Jacob, bien que centré sur le personnage éponyme, illustre plus largement la condition des jeunes Algériens engagés durant la Seconde Guerre mondiale. L’histoire de Jacob, unique certes, fait écho à toutes celles des soldats morts pour la France. 

Magnifique portrait d’une famille algérienne touchée par la guerre, Jacob, Jacob est un incontournable. Il a d’ailleurs été couronné de nombreux prix : Millepages, Méditérranée, Gabrielle d’Estrées, prix de l’ADELF, prix de la librairie d’Usage du monde, des Librairies en Seine, prix des livre Azur du Département des Alpes-Maritimes, prix du Livre Inter.
Empli de tristesse, il nous permet à la fois de comprendre le mode de vie des familles algériennes de ce temps, mais aussi d’imaginer le point de vue d’un jeune soldat combattant pour la France. Le lecteur est bercé par une écriture tendre et poétique, qui parvient à traduire ce fardeau qu’est la guerre, mais aussi la douleur d’une mère voyant son fils partir au combat. Un roman historique tragique, mais d’une douceur sans précédent.

Anne Deslandes, 2A, Bibliothèques-Médiathèque, 2017-2018

Sources :
Jacob, Jacob. Paris: Editions Points, 2016. 
Pour la biographie de l’auteure : http://data.bnf.fr/13549841/valerie_zenatti/ [consulté le 21/03/2018]

Biographie de l’auteure :

Zenatti Nationalité : Française Née à : Nice (France), en 1970 Auteure, mais également scénariste et traductrice, Valérie Zenatti écrit à la fois pour la jeunesse et pour les adultes.


Bibliographie non exhaustive de l’auteure :

Quand j’étais soldate, L’école des loisirs, 2002.
Une bouteille dans la mer de Gaza, L’école des loisirs, 2004.
En retard pour la guerre, Editions de l’Olivier, 2005.
Les âmes sœurs, Editions de l’Olivier, 2010.
Mariage blanc, Editions du Moteur, 2012.