Nicolas FARGUES
Je ne suis pas une héroïne

P.O.L, 2018.
ISBN : 978-2-8180-4473-5

La quête d’un amour sincère, authentique

Géralde Mbayi, jolie jeune femme d’origine camerounaise amoureuse des mots et de leur étymologie, veut vivre avec un homme qui soit son égal. Mais son haut niveau d’exigence lui a toujours fermé les portes de l’amour. Elle ne veut pas d’un petit copain à qui l’on compte plus de défauts que de qualités. Dès lors pour trouver son prince charmant elle sera prête à tout, jusqu’à quitter sa famille et Paris. Pour son douzième roman, Je ne suis pas une héroïne, Nicolas Fargues s’est livré à un exercice périlleux : se mettre dans la peau d’une femme fière de ses origines africaines qui traversera la Terre entière pour dénicher l’oiseau rare.

La discrimination sous-jacente

Sous cette quête effrénée d’un amour sincère, vrai et pur l’auteur de One man Show aborde la question de l’intégration de la communauté noire en France. La France, au passé colonial dense, est-elle vraiment une terre d’accueil comme elle prétend l’être ? L’intégration est-elle chose acquise ou y a-t-il encore des efforts considérables à faire dans ce domaine ? Nicolas Fargues s’interroge et évoque en filigrane le racisme et la difficulté que peuvent ressentir certaines communautés à s’intégrer dans une société. Selon lui le comportement des Occidentaux à l’égard des communautés, africaines notamment, est souvent outrageux. Le regard de l’auteur porté sur une société multiculturaliste est souvent pertinent et corrosif dans son analyse : la fracture sur l’identité culturelle française nous renvoie comme un miroir nos comportements post-coloniaux. De plus l’actualité – française avec les propos de M. Zemmour ou européenne avec la question de l’accueil des immigrés – cristallise ce sentiment que la discrimination n’est pas une chose du passé mais bien une verrue contemporaine.

Ce postulat ajoute beaucoup d’amertume au récit. La gente masculine blesse profondément Géralde qui s’interroge sur ses sentiments et sa façon d’agir avec les autres. « Si toute cette bonbonnière de mots n’était au bout du compte qu’un fantasme de petite fille capricieuse et autocentrée ? Et si le problème, c’était moi ? » (p.17). A l’instar d’un John Gray avec Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus Nicolas Fargues place les deux sexes aux antipodes sur le plan émotionnel. Et si un homme parvient à se hisser sur ce plan, au même niveau que les femmes, ne le fait-il pas à dessein ? Le cynisme poussé à son paroxysme.

Le cœur des hommes

L’auteur a construit son livre en deux parties. La première, qui a pour simple décor une douche à l’aéroport de Sydney, est construite sous forme d’analepses centrées sur les rapports que Géralde a eus avec tous les hommes qui ont traversé sa vie. Elle fait le constat amer que ses relations amoureuses étaient compliquées et vouées à l’échec dès le départ. Se préparant à voir l’homme de ses rêves, ses pensées affluent comme si elle voulait se nettoyer, se purifier l’esprit pour paraître aussi belle à l’intérieur qu’à l’extérieur. Se donner ainsi toutes les chances pour réussir ce nouveau départ.

La seconde partie, elle, se concentre sur la quête de Géralde pour trouver son Jim en Océanie car elle classe les hommes en deux catégories : Les Jimmy et les Jim. Les premiers sont des hommes qui ont un véritable potentiel mais leurs défauts, leurs angoisses et leurs complexes les empêchent de s’élever. Ils se complaisent dans la médiocrité et demeurent pusillanimes alors que les seconds sont des hommes qui ont dépassé ce stade et sont donc la promesse d’un amour honnête et véritable. Et à l’en croire les Jim sont rares.

« J’avais appelé de tous mes vœux de pouvoir rencontrer un homme que j’admirerais, avec lequel je pourrais parler de tout et partager d’égale à égal les richesses simples que pourrait offrir la vie. Maintenant que la réalité dépassait mes espérances jusqu’au conte de fées, n’ayons pas peur des mots, maintenant qu’il y avait un homme qui me renvoyait à tout point de vue en écho en me serrant dans ses bras au milieu d’un paysage inouï, à 20 000 kilomètres de mes petites habitudes, l’inquiétude me submergeait de toute part. » (p.177)

Le cri d’une héroïne

Géralde vit des tourments intérieurs qui la déstabilisent. Mais un évènement inattendu va transformer un temps son existence : un geste réflexe qui sauvera la vie d’un député néo-zélandais la révèlera aux yeux du monde entier comme étant une femme héroïque. à l’heure où notre civilisation fabrique de parfaits inconnus en héro d’un jour grâce aux médias et à la technologie présents partout, Nicolas Fargues ironise sur cette soif, cette frénésie médiatique d’une société avide de reconnaissance même éphémère. Comme si l’espèce humaine était par nature égocentrée et narcissique. Cette négation Je ne suis pas une héroïne n’est peut-être que le cri d’une femme abusée, trompée, désenchantée, un cri jeté à la face des médias qui l’encensent, aux personnes racistes et hautaines et aux hommes odieux et perfides. Mais n’est-ce pas cela finalement être une héroïne ?

Laurent Brognara, AS, Edition-Librairie, 2018-2019

Sources  :
Babelio: https://www.babelio.com/auteur/Nicolas-Fargues/6402
Editions P.O.L: www.pol-editeur.com/index.php?spec=auteur&numauteur=5593

Biographie de l’auteur :

Nationalité : France

Né à : Meulan, 1972.

Nicolas Fargues a occupé différents postes liés aux métiers du livre. Il publie son premier roman en 2000 et connaît le succès avec son troisième roman One man Show en 2002. Je ne suis pas une héroïne est son douzième roman.


Bibliographie non exhaustive de l’auteur :
Attache le cœur, P.O.L., 2018.
Écrire à l’élastique, P.O.L, 2017.
Tu verras, P.O.L., 2011. Prix France Culture – Télérama.
J’étais derrière toi , P.O.L., 2006.
Le Tour du propriétaire, P.O.L., 2000.

Pour aller plus loin :
Librairie Mollat le 03/01/2018 :

Lecture d’un extrait par l’auteur :