Daphné Du Maurier
Rebecca

Traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff
Titre original : Rebecca, ed. Victor Gollancz, 1938.
Le Livre de Poche, 2016
ISBN 978-2-253-06798-6

Voyage à Manderley 

 Rebecca raconte l’histoire d’une jeune narratrice de 20 ans, travaillant comme femme de chambre, qui restera anonyme tout au long du livre. Elle rencontre lors de vacances à Monte-Carlo Maximilen de Winter, mystérieux veuf de 42 ans. Une relation se crée entre eux et à la fin de son séjour, Maxim propose à la jeune femme de l’épouser et de venir vivre avec lui à Manderley, magnifique manoir connu dans toute l’Angleterre. Cette surprenante demande intrigue autant la narratrice, femme peu sûre d’elle, que l’entourage de Maxim. Mais elle accepte et part s’installer avec lui. A son arrivée, elle est tout de suite rejetée par Mme Danvers, gouvernante de l’ancienne épouse de Maxim, Rebecca. En effet elle va vite découvrir que l’ombre de Rebecca plane encore sur le manoir. Notre narratrice pense ne pas faire le poids face au fantôme d’un femme parfaite, admirée et regrettée de tous. Mais un secret se cache derrière la mort de Rebecca. Un secret qui pourrait tout arranger ou tout détruire.

Le livre s’ouvre sur le voyage à Monte-Carlo qui nous semble un peu long. L’auteur joue avec nous, cherche son rythme et nous fait languir pour un peu d’action. Mais une fois les personnages arrivés à Manderley, l’écriture de Daphné Du Maurier nous transporte en Angleterre. Derrière un style simple et limpide se cachent des sentiments violents qui torturent les personnages. Chaque mot, chaque phrase, est calculé de façon à nous faire comprendre tout ce qu’ils ressentent. L’ambiance est sombre, le manoir menaçant et l’on se sent oppressé tout le long du livre. Comme si le fantôme de Rebecca ne planait pas que sur le personnage principal mais sur nous aussi et que pour fuir le danger, nous devions finir le livre le plus vite possible.

« J’aurais pu lutter contre une vivante, non contre une morte. S’il y avait une femme à Londres que Maxime aimât, j’aurais pu lutter. […]Un jour cette femme vieillirait, ou se lasserait, ou changerait et Maxim ne l’aimerait plus. Mais Rebecca ne vieillirait jamais. » (p.152-153).

Daphné du Maurier donne au livre le nom de Rebecca et pourtant ne cite pas une fois celui de son héroïne, montrant clairement qui est important et qui ne l’est pas. En effet, la narratrice est un personnage sans nom mais le lecteur arrive sans problème à s’identifier à elle. Cette jeune fille ne connaît rien de la vie et elle se retrouve en compétition avec une morte presque sanctifiée. Elle n’est pas une héroïne à laquelle nous rêvons de ressembler. Maladroite, timide, quelconque, elle ose essayer de rivaliser avec la belle Rebecca. Pourtant nous nous reconnaissons en elle. Dans ses gestes, dans ses pensées, dans son impression de pas être à sa place, dans sa volonté de bien faire.

Mais elle est seule face à cette nouvelle vie, ne recevant aucune aide de son mari. En effet, secret et énigmatique, Maxim est un homme tourmenté. Il veut être heureux et aime passionnément la narratrice malgré leur différence d’âge. Mais il semble piégé, retenu dans le passé par le fantôme de Rebecca et il délaisse sans le vouloir sa jeune épouse, la laissant affronter seule des démons que lui est fatigué de combattre. Personnage extrême dans ses émotions, Maxim est calme puis colérique, distant puis attentionné. Comme tous les hommes de ce roman, il est placé au second plan, laissant en lumière Rebecca face à la nouvelle épouse.

 » Nous avons tous notre démon particulier qui nous chevauche et nous tourmente et il faut bien finir par le combattre.” (p.300)

Ce roman nous rappelle aussi l’importance de notre passé. Il hante les vivants, les ronge. Mme Danver, la gouvernante, est le parfait exemple de l’emprise que peut avoir le passé. Sa vie est dirigée par Rebecca au point qu’elle-même se transforme en fantôme. Les regrets, les secrets et les silences vont la détruire de l’intérieur jusqu’à ce qu’elle ne soit plus que haine.

Nous pourrions croire que Rebecca n’est qu’une histoire d’amour mais nous nous tromperions. L’auteur nous parle d’amour mais avec toutes ses nuances psychologiques comme le feraient Charlotte Brontë dans Jane Eyre ou Emily Brontë dans Les Hauts de Hurlevent. Le premier amour est le plus violent, celui qui fait le plus mal et nous souffrons avec elle car son histoire avec Maxim est dure mais belle. Daphné du Maurier nous offre une autre vision de l’amour que celle des romans à l’eau de rose. Les deux personnages partagent un amour simple, sans grandes déclarations ni gestes théâtraux pleins de passion, mais un amour vrai. La narratrice déclare ainsi : « La langueur et la subtilité que j’avais lues dans les romans n’étaient pas pour moi.[…) L’art de la coquetterie m’était inconnu, et je restais immobile, sa carte sur mes genoux, le vent soufflant dans mes cheveux ternes, heureuse dans son silence et pourtant avide de ses paroles. ». (p.40-41).

Adapté au cinéma par Alfred Hitchcock en 1974, Rebecca fait partie de la liste des cent meilleurs romans policiers de tous les temps. Mélangeant amour et mystère, le roman est un « ovni littéraire ». L’histoire est simple, peut même sembler banale mais aujourd’hui Rebecca est considéré comme un classique de la littérature anglaise.

Le Mignon, Roxanne, AS, Edition-Librairie, 2018/2019

Sources :
Biographie de l’auteur : https://www.universalis.fr/encyclopedie/daphne-du-maurier/

Bibliographie : https://www.albin-michel.fr/auteurs/daphne-du-maurier-9143 

Classement meilleurs romans policiers
 : https://www.librarything.com/bookaward/Top+100+Crime+Novels+of+All+Time+-+UK+Crime+Writers%27+Association

Biographie de l’auteur :

Nationalité : France
Née à  : Londres (1907).
Morte en 1989.
Daphné Du Maurier publie son premier livre à l’âge de 20 ans et son succès est immédiat. Elle est l’une des romancières les plus lues du monde anglais. Elle se démarque par son sens du mystère et ses histoires traditionnelles pleines de suspense. Ma Cousine Rachel, L’auberge de la Jamaïque et Rebecca sont ses romans les plus connus.

Bibliographie non exhaustive :
Les Romans de Cornouailles (L’auberge de la Jamaïque, La Crique du français, Ma cousine Rachel), Albin Michel, 2015.
Les Oiseaux et autres nouvelles, Albin Michel, 1999 [parution originale 1952].
L’Auberge de la Jamaïque, Albin Michel, 1993 [parution originale 1936].

Pour aller plus loin (sur l’adaptation du roman par Hitchcock) :
Fiche de présentation du film : https://www.imdb.com/title/tt0032976/

Jean-Loup Bourget, Rebecca : Alfred Hitchcock, Vendémiaire, 2017.