Vincent LAHOUZE, Rubiel e(s)t Moi

Michel Lafon, 2018.
ISBN 978-2-7499-3472-3.

Une pépite d’or


 Chaque rentrée littéraire comporte son lot de surprises, d’auteurs toujours plus novateurs, de petits nouveaux, de « romans de l’année », de talents bruts et de « pépites d’or ». Beaucoup d’ouvrages sont publiés. Certains restent dans l’ombre de ceux qui sont automatiquement propulsés sous les feux des projecteurs, d’autres peinent à trouver leur public, certains restent silencieux et ne trouvent qu’un cercle restreint de lecteurs, quelques-uns bousculent les codes mais ne sont pas connus des lecteurs.

C’est le cas de Rubiel e(s)t Moi. Anonymat total ? Pas tout à fait. Vincent LAHOUZE est connu par quelques-uns grâce aux réseaux sociaux où il s’est fait connaître et où, jusqu’à cet ouvrage, il n’était qu’une personne créant derrière son écran pour un petit nombre.

Rubiel, c’est le nom de cet autre qu’aurait été le Moi si ce dernier ne s’était pas appelé Vincent Lahouze et n’était pas devenu français mais resté colombien, s’il n’avait jamais grandi en France. C’est ce Rubiel qui va mener, en parallèle de Vincent, cette vie, cahotée dans le pays de Pablo Escobar, de la milice politique et de la violence, cette vie d’orphelin sur un fil, avançant au travers des épreuves, des peines et des espoirs.

Premier roman de cet auteur 2.0 aux éditions Michel Lafon, cette autofiction est une ode aux enfants adoptés, aux milliards de possibilités qu’aurait pu être leur vie, à celle de l’auteur, un chant d’amour à deux pays, une réunion de quatre parents qui jamais ne se rencontreront, et enfin, à ces deux hommes qui n’en forment qu’un.

Alter-ego au bout du fil, sous le clavier

 Auteur 2.0, Vincent LAHOUZE a commencé ses rédactions sur le site de questions anonymes d’Ask.fm où il rédigeait, juste pour le plaisir, des textes profonds et poétiques, retraçant sa vie. Dans son premier ouvrage, la formule est la même : un style toujours aussi poétique, où les métaphores sont légion, où la plume est délicate pour décrire une vie qui ne l’est pas. Entre les pages, c’est principalement Rubiel que nous suivons à travers différentes tranches d’âge, entrecoupées de passages de la véritable vie de l’auteur, de ses véritables expériences en tant qu’enfant adopté, arrivant fraîchement dans un pays et dans une famille où il doit trouver sa place :

« Quand je suis arrivé en France, je faisais la taille d’un enfant de deux ans. J’étais tout petit et trapu, j’étais mat de peau, je ne parlais qu’espagnol et j’avais un cheveu sur la langue. Ma présente toute entière criait à la face du monde que j’étais un étranger. Alors, pour éviter que je ne sois trop stigmatisé, mes parents ont préféré me donner un prénom européen, par peur que l’on déforme mon identité. Les enfants sont cruels entre eux, ils ont peur de ce qui est différent, et je l’ai appris très rapidement. » (p.46 et 47).

Les combats se répondent, ont des conséquences dans chacune des vies menées par l’auteur. Dans sa vie sur le territoire français, Vincent subit les stigmatisations et les brimades dans presque tous les lieux qu’il côtoie, notamment par son accent qui le trahit. Il raconte une scène de son enfance, à l’école primaire où, ne réussissant pas un travail demandé, il subit le racisme et la violence verbale de la part de son enseignante :

« Coralie lève la main, en colère.
(Maîtresse, mais ce n’est pas de sa faute, Vincent est colombien, il vient d’arriver en France !)

Le sourire se fige, lentement, les dents se serrent, les yeux bleus se penchent sur moi. Elle me dit, presque en chuchotant.

(Ah oui, et tes parents t’ont acheté combien ? Ils ne pouvaient pas prendre un chien à la place ?) […] J’ai honte d’être ici, je ne suis pas à ma place, pour la première fois de ma nouvelle vie en France, je comprends brusquement que je suis un étranger. » (p.63 à 64).

Et pour faire face à ces violences subies par Vincent, comme pour contrebalancer le malheur de l’un, Rubiel va pâtir de nombreux problèmes dans sa Colombie natale, encore sous le joug de Pablo Escobar. La rue, la drogue, la prostitution, la misère seront les compagnons de route de cet enfant qui grandit, en parallèle de Vincent mais qui vieillit plus rapidement que lui. Lors d’un guet-apens, Rubiel et ses amis tombent sur les hommes armés d’un trafiquant de drogue, la scène vire au drame :

« Enrique et Santiago, fous de douleur devant l’assassinat de leur chef, se jetèrent sur Angel, prêts à le massacrer, mais ils n’eurent pas fait trois pas qu’une rafale de mitraillette déchira la nuit. Instinctivement, Rubiel se précipita sur le sol, à côté du corps de Juanito. Autour de lui, il entendait les balles faucher un à un ses compagnons. » (p. 70 et 71).

La violence, les deux protagonistes la vivent, chacun à leur niveau, mais en même temps. Les deux grandissent, font des choix qui les mènent à deux vies diamétralement opposées. L’on pourrait croire qu’ils ne vont jamais se croiser mais qui sait, qui sait réellement si l’enfant sur le trottoir d’en face, dont on a croisé le regard, ou si celui au fond de la classe, n’est pas Rubiel ou bien Vincent.

Tout simplement Vincent

Si l’on a ici le premier ouvrage publié par Vincent Lahouze, ce dernier n’en est pas à son premier texte. En effet, ce dernier écrit et publie de nombreux écrits, tous plus poétiques les uns que les autres via son compte personnel Instagram

Auteur engagé, il se mêle à de sérieux combats d’actualité comme le sexisme commun, le harcèlement de rue. Et, bien des fois, ses mots servent de pansement pour des ruptures amoureuses ou des deuils. Pour cela, il écrit à la fois à la première et à la troisième personne du singulier, tout en ayant un regard omniprésent sur les situations décrites.

Vincent LAHOUZE se sert de ses expériences pour parler aux autres, mettre des mots sur les plaies de ceux qui n’y arrivent pas en se mettant à leur place, en leur parlant, en ressentant leurs émotions. C’est aussi exactement ce qu’il fait dans son ouvrage.

Justine D’Angelo, 2ème Année, Bibliothèque-Médiathèque, 2018-2019.

Sources :

Pour la biographie de l’auteur : Michel Lafon [consulté le 25/11/2018]

Pour les écrits de l’auteur : Instagram [consulté le 25/11/2018]

Biographie de l’auteur :

Nationalité : Français.

Né : Medellin, Colombie,  1987.

A commencé à écrire sur les réseaux sociaux, et continue d’y écrire.

Rubiel e(s)t Moi est son premier ouvrage.

Pour aller plus loin :

Sur l’auteur : son Instagram où il publie ses textes.