Bertrand PÉRIER, La Parole est un sport de combat

 

JC Lattès, 2017
ISBN 978-2-7096-6069-3

 

            « Longtemps, je n’ai pas pris la parole. Longtemps je me suis méfié de l’oralité. Je la trouvais vaine, voire suspecte. […] Mais j’ai compris par l’expérience […] à quel point la parole, si elle est utilisée à bon escient, est une arme exceptionnelle, une force redoutable qu’il ne faut jamais sous-estimer. » (p. 9, Avant-propos)

 

La Parole est un sport de combat est un essai de Bertrand Périer. Mais qui est vraiment cet auteur ?

Ancien étudiant de Sciences Po Paris, Panthéon Assas et l’école des Hautes études commerciales de Paris, Bertrand Périer a exercé la fonction d’avocat au barreau de Paris jusqu’en 2016, date à laquelle il devient avocat au Conseil d’État et à la Cour de Cassation. Mais n’omettons pas de mentionner ses fonctions d’enseignement à la Haute école de commerce et Sciences Po de Paris, ainsi que pour le concours Éloquentia.

« Assez parlé de l’auteur ! », pourrions-nous dire, « Ne sommes-nous pas présents pour parler de son livre ? » pourrions-nous continuer. Mais comme sus-énoncé, cet essai parle de son auteur, comme beaucoup de livres en réalité. Disons donc que Bertrand Périer se confie au lecteur dans son ouvrage. En effet, il convient d’aborder la structure de l’œuvre pour mieux comprendre cette idée. Composé en 30 chapitres, cet écrit alterne méthodologie et expériences personnelles de l’auteur, ou  son avis sur certains thèmes actuels. Ainsi, tout au long du livre, le lecteur peut peu à peu se représenter qui est Bertrand Périer, autrement que par la photographie présente sur la couverture évidemment, et découvrir en lui le « grand timide » qu’il a pu évoquer être dans certaines interviews.

Se dessine alors le portrait de quelqu’un qui aime les mots, qui invite à la lecture d’un dictionnaire, de quelqu’un qui cherche à écouter l’avis de tous, à ce que tout le monde puisse dire ce qu’ils veulent, comme il l’exprime lui-même : « un confrère peut venir avec un collaborateur, et je trouverais très humiliant qu’il reparte sans avoir ouvert la bouche » (p. 148). Bertrand Périer fait également l’aveu du début de son amour pour l’improvisation, ou le récit de comment Marc Bonnant, avocat suisse, improvisa lors d’un gala une négative d’une quinzaine de minutes sur le sujet « L’éloquence est-elle entrée dans la nuit ? », sujet sur lequel Bertrand Périer venait de « lire » l’affirmative.

Enfin, nous pouvons discerner dans cet ouvrage les positions de son auteur sur « la disparition de l’art de faire la cour et de l’éloquence amoureuse » (p. 197), entre autres, mais aussi, sur un tout autre ton, sur le déclin de l’art oratoire dans les tribunaux ou sur la décision de la Cour de Cassation d’affirmer la binarité des sexes dans la Loi et par conséquence la non-existence d’un troisième sexe.

Nous le disions, ce livre propose comme une méthodologie pour s’exprimer en public. Certains affirmeront que c’est le cœur du livre, là où d’autres affirmeront que ce n’est qu’une façade destinée à ce que l’auteur se mette en avant, sur ce point. Comme évoqué précédemment, l’ouvrage est composé à moitié de chapitres méthodologiques. Leur construction est récurrente : après le titre du chapitre, une introduction rapide, suivie de sous-titres si le chapitre est riche en informations et nécessite une structure pour plus de clarté et/ou de facilité, un ou plusieurs exercices s’il peut en proposer et forcément une synthèse en cinq points ou moins utilisant des propositions infinitives (par exemple : « 1. Soigner son exorde. (début) 2. Raconter une histoire. 3. Énoncer les arguments. 4. Réfuter les arguments adverses. 5. Bien amener sa péroraison. (fin) » (p. 74, « Structurer son discours »). Cette composition permet de comprendre très facilement les explications apportées qui se font dans un langage simple et qui impliquent très souvent le lecteur. Nous abordions précédemment l’amour de Maître Périer pour les mots et en quelque sorte le beau français. Prenons donc l’exemple d’un exercice qui fera d’une pierre deux coups et illustrera deux propos : le « buzzer à « euh » » (p. 39). Le principe est simple, lors d’une conversation, chaque auditeur tape sur la table dès que l’orateur prononce « euh ».

            Comment structurer, présenter un discours, comment gérer ses sentiments, surmonter sa timidité, et même déterminer la taille de police de caractère et de l’interligne, toutes ces aides pour présenter un discours ne sont pas universelles, puisque tirées de l’expérience de Bertrand Périer. Comment parler d’un livre sur l’art oratoire sans évoquer la vision de celui-ci par l’auteur ? Pour cela, et pour rendre hommage au contenu de cet ouvrage, appliquons ses conseils, changeons de rythme, de style, quittons cette laide et classique analyse, expérimentons, « la parole est notre meilleure alliée, [apprivoisons]-la, [libérons]-la. » (p. 17, Avant-propos). Ainsi, voici mon interprétation de la vision de l’auteur sur cet art : le discours est l’eau qui s’échappe de la source sûre qu’est l’exorde, ruisselant au travers des richesses de la langue française, de manière incertaine, coulant à l’improviste entre narration, argumentation et réfutation pour atteindre la péroraison, la sûreté de la mer.

            Que l’on apprécie ou non Maître Périer, que l’on considère la partie méthodologique comme une façade pour mettre en avant la personne qu’il est ou au contraire la partie plus personnelle comme illustration de ses propos, que l’on considère l’ouvrage comme destiné uniquement aux avocats ou futurs avocats ou accessible à tous mais mettant l’accent sur les avocats, que l’on considère l’improvisation comme l’allié de l’orateur ou comme sa pire ennemie, il y a des propos dans ce livre qui sont irréfutables, telles les paroles conclusives de Bertrand Périer :

« La parole est belle. C’est un sport de combat, et tout le monde est gagnant. »

 

    Alban Peyrat, 2A, Bibliothèques-Médiathèques-Patrimoine, 2018-2019

 

Sources :

  • La Parole est un sport de combat, Bertrand Périer, JC Lattès, 2017

Biographie de l’auteur : 

Nationalité : Neuilly
Né en 1972.

Il intègre le barreau de Paris en 2003. Il est professeur à Sciences Po et depuis 2013 prépare des élèves de l’enseignement secondaire au concours Eloquentia. En 2016, il devient avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation.

 

Bibliographie de l’auteur :

  • La Parole est un sport de combat, Bertrand Périer, JC Lattès, 2017

Pour aller plus loin :

Sur l’auteur 

  • Reproduction du procès des Fleurs du Mal, Maître Périer et Maître Bonnant