Laura SEBASTIAN,

Ash Princess

 

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne-Sylvie Homassel
Titre original : « Ash Princess, Delacorte Press », 2018.
Albin Michel, 2018
ISBN 222639947X

 Renaître de ses cendres

« La dernière personne qui m’a appelée par mon prénom était ma mère, juste avant de mourir. » (p.11)

C’est sur cette phrase pour le moins intrigante et funeste que s’ouvre le roman Ash Princess de l’auteure américaine Laura Sebastian. Dès les premières lignes, le lecteur fait connaissance avec Thora. Dix ans plus tôt, on l’appelait encore Theodosia Eireine Houzzara : elle était alors la future reine du feu du pays d’Astrée. A présent, tout a changé : son nom lui a été arraché à coups de fouet ; sous le titre humiliant de « princesse des cendres » d’un pays conquis et d’un peuple réduit en esclavage, elle n’est plus qu’un trophée de guerre à la merci des envahisseurs. Toute velléité de désobéissance a été étouffée dans la douleur et la terreur, et la jeune femme s’est résignée à son quotidien difficile et précaire. Cependant, lorsque le Kaïser lui demande d’exécuter l’homme qu’elle considérait comme son dernier espoir, la colère allume en elle la flamme de la révolte. Mais comment organiser une rébellion lorsqu’on est surveillée en permanence et tenue à l’écart de son peuple ?

« Sous le sang, sous la cendre, je reconnais des fragments, des expressions de ma mère, qui me rend mon regard, mais avec une haine, une rage qu’elle n’a jamais eu à connaître. Je n’en suis pas mécontente.

J’ai la rage au cœur.
J’ai la faim au ventre.

Et je me promets que le jour viendra où je les verrai réduits en cendre. »

Premier roman de l’auteure, Ash Princess marque le début d’une trilogie de fantasy young-adult qui saura convaincre les adeptes du genre, mais aussi les néophytes. Conspirations, assassinats, torture, vengeance… L’auteure nous entraîne dans un monde sombre et violent qui n’épargne pas son personnage tant en souffrance physique que psychologique, et qui n’est pas sans rappeler l’univers de la saga à succès La reine du Tearling d’Erika Johansen. Comme Kelsea, Theodosia va devoir mûrir dans l’adversité, intégrer rapidement les codes du jeu politique, et faire de douloureux sacrifices pour reconquérir son trône et reconstruire son royaume. La princesse des cendres est un personnage touchant et non exempt de défauts : elle doute, elle a peur et fait des erreurs, mais elle sait aussi tirer des leçons de ses faux pas et grandit tout au long de l’histoire. Pour atteindre son objectif, elle va devoir commettre des actes terribles, mais la fin justifie-t-elle toujours les moyens ? Théodosia aimerait suivre l’exemple de sa mère, mais celle-ci gouvernait un royaume en paix : la jeune rebelle devra donc construire sa propre façon de régner. Laura Sebastien nous offre un personnage principal à la psychologie fouillée et qui, face aux conséquences de ses actes, va petit à petit imposer ses opinions et se révéler.

« Un Gardien doit se dévouer tout entier à son Dieu, avant toute chose. Une reine doit se dévouer toute entière à son peuple, avant toute chose. Tu ne peux pas jouer sur les deux tableaux. Tu peux aimer les dieux, tu peux aimer ta mère, tu peux aimer qui tu veux en ce monde : mais Astrée doit passer avant nous tous. » (p. 200)

Les autres personnages ne sont généralement pas en reste. Si l’on peut regretter la position un peu stéréotypée et le caractère légèrement agaçant de Blaise – l’ami d’enfance de Théodora – posé en rival amoureux du secourable prince Søren, le caractère plus complexe de ce dernier devrait ravir les lecteurs. Il est certes prêt à aider notre héroïne et fait preuve envers elle d’une gentillesse qui est une bouffée d’air frais dans son dur quotidien, mais il n’est certainement pas naïf et ne va pas compromettre son Empire pour de beaux yeux. Certains pourront regretter le manque de profondeur du duo qui accompagne Blaise, d’autant plus que le potentiel était présent. Il ne reste plus qu’à espérer que ces deux acolytes soient mieux exploités dans le tome suivant.

Du côté de l’écriture, Laura Sebastian narre son histoire d’une plume efficace et mesurée. La brutalité est assumée et non édulcorée, mais reste décrite assez sobrement dans les moments les plus difficiles afin de convenir au lectorat adolescent. Là où beaucoup d’auteurs young-adult créent parfois des univers dont la dureté, pourtant revendiquée, ne se ressent pas à la lecture, Laura Sebastian a su nous proposer une histoire crédible : son monde est en guerre et le lecteur ressent à travers les mots et les situations l’horreur de la condition de Théodosia. Le lecteur a une conscience accrue des enjeux de l’intrigue et de l’agressivité de l’univers car Laura Sebastian ne fait pas que les lui dire, elle les lui montre, et il n’en est que plus impliqué dans le récit. Néanmoins, à ceux qui chercheraient un ouvrage de fantasy avec des batailles épiques, sachez que ce livre se concentre surtout sur des intrigues de cour et le développement de ses personnages. La révolte n’en est encore qu’à ses balbutiements : la prudence et les jeux de masque sont de mise. La suite promet néanmoins d’être plus riche en actions !

Un univers riche et prometteur, une intrigue haletante mêlant complot, amour et mensonges et l’accent mis sur l’évolution de son personnage principal sont autant de fils que Laura Sebastian utilise pour capturer le lecteur dans sa toile. Une fois la flamme allumée, elle vous consumera jusqu’au point final !

Eléna Bodin, AS, Edition-Librairie, 2018-2019

 

Sources :
Biographie et photo de Laura Sebastian [consulté le 19/11/2018]

Biographie de l’auteur :

Nationalité : américaine

Née à : Miami

Elle obtient un baccalauréat en Beaux-Arts (Bachelor of Fines Arts ou BFA) après des études au College of Art and Design de Savannah avant de s’installer à New York. Son premier roman, Ash Princess, est publié le 24 avril 2018 par Delacorte (éditions Random House).

 

Pour aller plus loin :
Livre cité : Erika Johansen, La reine du Tearling, Editions JC Lattès, 2016