Littérature américaine

Wallace STEGNER, En lieu sûr 

Wallace STEGNER, En lieu sûr 

Traduit de l’américain par Éric Chédaille 
Titre original: Crossing to Safety, 1987.
Gallmeister, 2017
ISBN 978-2-35178-580-5 

Le chant du cygne de Wallace Stegner 

En lieu sûr est le chant du cygne de celui que l’on appelait aussi le « doyen des écrivains de l’Ouest », puisqu’il s’agit ddernier roman de l’auteur largement autobiographique. 

Dans ce romandeux couples d’enseignants à l’âge de la retraite qui sont aussi des amis de longue date vont se retrouver dans un chalet qui les lie très fortement. La retrouvaille de nos deux couples après de nombreuses années n’annonce rien de bon. 
L’histoire est racontée sous le point de vue du personnage de Larry qui partage son vécu, ses ressentis, mais aussi ses questionnements. C’est l’occasion pour le narrateur de se laisser vagabonder à ses souvenirs et de se remémorer de toutes ces années d’amitié et nous allons découvrir au fur et à mesure l’histoire et la vie de ces derniers. 

Nous suivons Larry et Sally, un couple modeste et Sid et Charity, un couple aisé. C’est par un hasard de circonstances qu’ils se lieront très vite d’amitié et se découvrent des passions communes, comme la littérature et la poésie. Les personnages resteront toujours liésmalgré leurs forts caractères et des niveaux de vie très différents. Par cette amitié sincère, ils braveront les épreuves et la plus grande de toutes : le temps.  

La construction de la narration prend une forme très intéressante, puisqu’elle varie entre le présent et le passé, entre discussions et souvenirs vrais ou inventés. Nous sommes plongés dans la tête du narrateur, soit Larry. Celui-ci nous partage sa vision du métier d’écrivain et parfois nous ne savons plus si c’est le personnage de Larry qui s’exprime ou si c’est Wallace Stegner qui prend le dessus :  

« Tu as une idée erronée de ce que font les écrivains. Ils n’ont pas une compréhension supérieure des choses. Ils ne font qu’inventer des intrigues qu’ils peuvent répondre. Ce ne sont pas des gens que l’on trouve dans les livres, ce sont des constructions mentales. Romans ou biographies, cela n’y change rien. Je serais incapable de reproduire Sid et Charity Lang dans leur réalité, et encore moins de les expliquer ; et si je les inventais, cela reviendrait à falsifier quelque chose que je ne veux pas falsifier. » (p.295.296) 

Malgré tous ses efforts, à travers le livre qu’il écrira, Larry n’arrivera jamais à transmettre ou reproduire les êtres aimés par écrit, sans qu’ils ne soient plus vraiment eux-mêmes. 

Une œuvre contemplative 

Au travers des souvenirs de Larry, nous nous aventurons dans une contemplation très personnelle et les personnages font preuve d’un grand savoir. Ils connaissent parfaitement le nom de la flore et de la faune du coin, lors de leurs randonnées dans les montagnes.
Tel un poème constant, il y a une simplicité dans le récit par les évènements du quotidien et pourtant une richesse dans le vocabulaire pour décrire la beauté environnanteC’est aussi un panel d’émotions et de couleurs qui s’offre à nous, lecteurs, à la contemplation de détails. Nous voyons au travers des yeux de Larry, tout ce qu’il vit. Par exemple, lorsqu’il retourne sur le lieu du chalet au début de l’histoire : 

« Je me demande si je me suis jamais senti plus vivant, plus en possession de mes moyens intellectuels, plus à l’aise avec moi-même et mon monde que durant ces quelques minutes passées à regarder du haut de cet escarpement familier le soleil s’élever avec puissance et assurance, à contempler en contre bas le village inchangé, le lac pareil à une mare de mercure, les vers changeants des prés, des champs de foin, des bois d’érables et d’épicéas, le tout se soulevant ou se réchauffant à mesure que raccourcissent les ombres étirées. » (p.16-17) 

Dans ce passage, nous pouvons saisir par les mots tel un tableaule paysage décritC’est un roman contemplatif de la vied’une poésie par laquelle nous seronaccompagnés jusqu’à la toute fin. 

Jusqu’à la fince sont aussi des personnages authentiques et humains que nous contemplerons vieillir via des ellipses narrativesDe la contemplation des souvenirs, à la contemplation des paysages, on se perd très vite dans le fil de l’histoireCe fil nous laisse penser que rien n’a vocation de durer, un peu comme la vie finalement.  

 Une réflexion qui concerne la réalité 

Si le temps et l’amitié sont les sujets principaux de l’œuvre, l’accent du livre est mis également sur des réalités qui nous concernent tous comme la mort ou la maladieDès le premier chapitre, le ton de l’œuvre est donné :  

« Laisser notre marque sur le monde. Au lieu de cela, c’est le monde qui nous a laissé des marques. Nous avons avancé en âge. […] Il m’arrive parfois d’affirmer d’un ton chagrin que nous nous sommes tous fait piéger, alors que bien évidemment piégés, nous ne le sommes pas plus que la majorité des gens. » (p.24) 

Ici, les vies dépeintes tout au long du roman nous permettent de nous attacher aux personnages pendant que l’on apprend à les connaître au fil des souvenirsLa vie est fragile et les personnages ont bien conscience de leur propre finalité. 

Ce livre décrit parfaitement les aléas de la vie comme nous pouvons tous en rencontrer chaque jour et n’exagère pas la réalité. Parfois, certaines décisions seront difficiles à affronter et l’amitié de nos deux couples sera mise à rude épreuve. Wallace Stegner capte ainsi l’essence des relations humaines.  

Ce roman respire la nature et l’authenticité.
 En lieu sûr est une aventure contemplative que je ne peux que vous conseiller. 

F.S, 1A Bibliothèques-Médiathèques, 2018/2019 

Sources : 
Site Gallmeister[consulté le 21/10/2018 

Biographie de l’auteur :  

Nationalité : américaine
Née à :Lake Mills, Iowa, 1909
Mort : Santa Fe, Nouveau Mexique, 1993
Romancier, novelliste, historien, professeur et militant écologiste, il est celui qu’on appelle souvent « doyen des écrivains de l’Ouest » et s’est imposé aussi bien à travers ses textes de fiction, que ses essais. 

Bibliographie non exhaustive :  

Une journée d’automneGallmeister, 2018
L’Envers du tempsGallmeister, 2017
La montagne en sucreGallmeister, 2016
Lettres pour le monde sauvageGallmeister, 2015 

Pour aller plus loin : 

Emission « Le Temps des libraires », France culture [consulté le 29/11/2018] 

 

 

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