Littérature française

Olivier BOURDEAUT, En attendant Bojangles

Olivier BOURDEAUT, En attendant Bojangles

Finitude, 2016
ISBN : 978-2-36339-063-9

Une danse avec l’amour fou

Sitôt ouvertes les premières pages de En attendant Bojangles, le lecteur découvre une fable bouleversante, entre folie et mélancolie, une fable qui pousse à l’oxymore dès que l’on doit la décrire.
 Pour son premier roman, Olivier Bourdeaut nous livre un récit extravagant et poétique qui parvient toutefois à aborder des sujets sombres. Rien n’est plus efficace pour résumer une œuvre que les mots de son auteur :

« L’histoire d’un enfant charmant et intelligent […] L’histoire d’une famille qui, comme toutes les familles, avait ses problèmes, ses joies, ses peines, mais qui s’aimait beaucoup quand même […] Mais malheureusement, au beau milieu de ce doux roman, une folle maladie s’était présentée pour tourmenter et détruire cette vie. » (p.156)

Le récit semble s’accorder sur les mêmes notes que Mister Bojangles, titre chanté par Nina Simone en 1988. Bourdeaut définit lui-même cette chanson comme « belle, gaie et triste à la fois ». Elle est alors idéale pour accompagner les danses du couple, les premiers pas de leur fils, leurs soirées festives puis leur descente vers la folie pure. On croirait entendre la voix de Nina Simone ponctuer la fin des phrases du jeune écrivain qui réussit ici un coup de maître.

Une invitation au cœur de la folie

Dans la première partie du roman, le lecteur est invité au cœur de la folie de cette vie qui sonne comme une aventure perpétuelle. Il n’existe pas pour les membres de cette famille haute en couleur une seule journée sans un événement farfelu. Georges, sa femme, et leur fils, suivent l’obsession constante de chasser l’ennui de leur quotidien. Ils vivent une fête qui continue coûte que coûte, accompagnés de leur oiseau exotique de compagnie, Mademoiselle Superfétatoire, qu’ils promènent en laisse et leurs amis qu’ils reçoivent tous les soirs pour des dîners qui durent jusqu’au petit matin.
Les parents apprennent à leur fils à devenir un véritable personnage de roman qui ment à l’envers puis à l’endroit : à l’école il doit mentir sur sa vie familiale trop extravagante et festive pour un jeune enfant, mais lorsqu’il rentre à la maison, sa mère lui demande d’inventer des récits farfelus pour pallier l’ennui de ses journées d’écolier. Vivre cette histoire à travers les yeux de ce jeune garçon permet au lecteur d’être au contact direct de l’innocence de cette folie. L’écrivain glisse ainsi des poussières d’humour enfantin qui donnent tout son charme à l’œuvre. Le narrateur qui vit entouré d’adultes dont il a parfois du mal à décoder les mots ne comprend pas, par exemple, pourquoi sa maîtresse lui demande ce qu’il aurait fait en 39 :« Elle a commencé par se demander à voix haute ce que j’aurais fait en 39. Alors, je lui ai répondu en regardant mes chaussures que la question ne se posait pas, que je chaussais du 33 et que si j’avais fait du 39, j’aurais été probablement dans la classe du dessus ou même dans l’école des grands. » (p.50) Le plaisir du lecteur à la lecture de ces mots est immense car l’on oublie trop souvent qu’il est bon de se laisser emporter par la tendresse de la folie.

Danse rime avec démence

La folie, comme pathologie, arrive et vient chasser le merveilleux de cette vie insouciante. Une arrivée soudaine qui surprend, le père, le fils et le lecteur, car la folie, douce par sa familiarité, n’a dans un premier temps alarmé personne tellement elle était commune et quotidienne. Cette folie pure apparaît dès le début du cinquième chapitre à travers les mots du père : « C’était à peine visible à l’œil nu, mais il y avait un changement d’air, d’humeur autour d’elle. Nous n’avons rien vu, seulement senti […] Nous nous étions dit que son originalité continuait à monter l’escalier, qu’elle avait atteint un nouveau palier. » (p.69) Le comportement de sa femme a peu à peu évolué jusqu’à ce que sa folie douce, tendre et particulière, ne se transforme en véritable folie et qu’elle brûle leur appartement pour que l’inspecteur des impôts ne saisisse pas tous leurs souvenirs.
Olivier Bourdeaut ne caractérise cependant pas cette nouvelle folie. Le lecteur sait qu’il s’agit d’une pathologie mentale mais aucun mot ne la désigne de manière précise. Cette absence de mot nous permet de profiter encore durant quelques pages de cet univers si léger, presque hors du temps. C’est ici que se situe toute la magie de l’œuvre, dans la grande maîtrise du récit par l’écrivain qui parvient à conserver le même humour, la même tendresse et la même folie dans son écriture et dans la vie de ses personnages sans que l’on se soit rendu compte qu’il n’était plus dans leur appartement mais dans une clinique psychiatrique :

« Le problème c’est qu’elle perdait complètement la tête. Bien sûr, la partie visible restait sur ses épaules, mais le reste on ne savait pas où il allait » (p.78).

L’écrivain maîtrise l’intemporalité de son œuvre qui ne s’inscrit dans aucune époque précise, dont les personnages n’ont pas de nom ni d’âge. Une œuvre et une histoire d’amour intemporelles dans un monde de folie auquel on aimerait se joindre dans ce qui est leur maison de vacances mais aussi l’incarnation de la chimère en France, un château en Espagne.
Une famille bouleversante qui vous entraîne dans le tourbillon d’un amour fou et véritable déchirant par sa fin tragique, une histoire qui « fait sourire les larmes et pleurer l’allégresse » comme le dit si poétiquement Jérôme Garcin, journaliste de L’Obs.

Coralie Tessier, 2A, Edition-Librairie, 2018-2019.

Sources
Site éditeur (consulté le 22/11/18).
Page Wikipedia sur l’auteur (consulté le 22/11/18)
Emission La Grande Librairie du 14/01/16 (consulté le 24/11/18)


Emission C à vous du 10/05/16 (consulté le 24/11/18)


Emission Entrée libre du 21/02/16 (consulté le 24/11/18)

Biographie de l’auteur

Nationalité : française
Né : Nantes, 1980.
Il grandit sans télévision. Alors confronté au dilemme opposant ennui et lecture, il choisit la lecture en compagnie du personnage de Sherlock Holmes créé par Arthur Conan Doyle. C’est ainsi que naît son goût pour la littérature puis pour l’écriture.
 Suite à ses déboires scolaires puis professionnels notamment en tant qu’ouvreur de robinet, il débute l’écriture d’En attendant Bojangles.

 

Bibliographie
Pactum Salis, éditions Finitude, 2018.

Pour aller plus loin :
Sur l’œuvre :
En attendant Bojangles, Ingrid Chabbert, Carole Maurel et Olivier Bourdeaut, éditions Steinkis, 2017 : adaptation graphique sous forme de bande dessinée de l’œuvre.

Zelda et Scott Fitzgerald : Les Années 1920 jusqu’à la folie, Kendall Taylor, collection Littératures, Autrement, 2002 : biographie du couple Fitzgerald, fou et passionné, qui a connu une fin tragique et qui a inspiré Olivier Bourdeaut pour ses personnages.

Petit déjeuner chez Tiffany (et autres nouvelles), Truman Capote, collection Folio, Gallimard, 1973, 192 pages : Olivier Bourdeaut s’est inspiré de l’ambiance des années 30 mise en place par Truman Capote, notamment en ce qui concerne les décors farfelus.

Sur l’auteur
Emission Mille et une vies : Histoire de vie : de cancre à auteur à succès, Olivier Bourdeaut, Replay de l’émission diffusée le 07/10/2016 sur France 2.

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