Littérature allemande

Stefan ZWEIG, Lettre d’une inconnue

Stefan ZWEIG, Lettre d’une inconnue, suivie de trois nouvelles

Traduit de l’allemand par Pierre Deshusses et Tatjana Marwinski
Titre original : Brief einer Unbekannten, 1922
Parution en France : Editions Payot, 1927
Ed. Robert Laffont
Collection Pavillon poche, 2016.
ISBN : 978-2-221-19135-4

L’amour, un sentiment omniprésent…

Dans la plupart des nouvelles de ce recueil, l’amour est un thème récurrent. Souvent représenté comme un sentiment violent et impossible à dompter, mais aussi parfois nécessaire, il s’insinue au long des histoires de Zweig comme le fil conducteur destiné à retenir l’attention du lecteur jusqu’à la fin du recueil. Et ce, quels que soient les mondes : un monde ouvrier, comme dans « Deux solitudes », où le contexte social est placé dès la première ligne, « La masse des ouvriers » (p.71), ou encore un monde plus bourgeois, comme on le voit dans « Rêves oubliés » ou dans « Lettre d’une inconnue », la nouvelle la plus importante qui donne son nom au recueil. L’amour, sentiment intemporel, donne donc le ton de chaque œuvre, d’abord dans « Deux solitudes », à la dernière page de la nouvelle : « Un sentiment aveugle de compréhension mutuelle avait submergé ces deux âmes solitaires », où nous sentons que les sentiments sont amoureux, bien que ce ne soit pas dit explicitement. Aussi, dans « Rêves oubliés », le sentiment amoureux est déjà plus explicite : « Le léger et doux parfum d’un amour de jeunesse à peine avoué » (p.62). Enfin, cette émotion est bien plus puissante dans Lettre d’une inconnue et cela, dès les premières pages : « Je n’ai plus que toi au monde […] que j’ai toujours aimé ». Au cœur de cet océan de passion, l’auteur nous invite à suivre des bouts de vie, achevés ou non, souvent dans une atmosphère plutôt triste et mélancolique, parfois même macabre.

… Qui se laisse dépasser par le temps qui passe…

A la lecture de ces nouvelles, nous voyons que la notion du temps qui passe vite et inlassablement est beaucoup exploitée pour donner un ton mélancolique aux histoires peut-être, mais aussi certainement pour que l’auteur nous donne une vision d’ensemble de la vie de ses personnages. C’est donc dans cette idée que la première nouvelle s’ouvre, dès les premières pages, sur une lettre. Une très longue lettre, « une vingtaine de feuillets » (p. 9), nous permet de retracer les péripéties d’une jeune fille qui semble être passée à côté de sa vie par amour : « Maintenant je n’ai plus que toi au monde […] plus que toi qui ne m’as jamais connue et que j’ai toujours aimé. » (p.10) C’est à partir de cette phrase que nous sommes absorbés dans la vie de cette jeune fille inconnue, qui va jusqu’à taire son prénom, qui taira son amour jusqu’aux portes de la mort. Et c’est dans cette lettre touchante que nous sommes frappés par la puissance du temps qui passe, ce temps qui nous écrase. Durant la nouvelle, la protagoniste est désespérée par l’oubli de l’homme de sa vie, oubli injuste pour une jeune femme qui passe ses journées entières, et cela dès ses treize ans, guidée par cet amour d’enfant : « Je ne faisais pratiquement rien d’autre de la journée que d’attendre et de te guetter » (p.20) mais aussi adulte , et ce malgré les plaintes douces, mais chargées de chagrin qui s’insinuent au long du roman.
Dans la deuxième œuvre du recueil, « Rêves oubliés », deux anciens amours de jeunesse se retrouvent, et pensent à leur passé. L’idée des années est abordée à la page 62, après une description relativement précise de la protagoniste : « Madame, je vais être franc avec vous parce que cette rencontre a lieu après bien des années ». Nous pouvons donc aisément imaginer que les deux personnages vont relater leurs souvenirs, résumer leurs vies. C’est ce qu’ils font, en un sens, ils se remémorent leurs choix. Et c’est à la fin que nous pouvons voir l’effet produit sur l’héroïne :


« Le passé vint de nouveau s’interposer entre elle et le présent » (p.66).


L’amour revient. Malgré le temps écoulé, il demeure.

… Mais qui suit les personnages jusqu’à leur mort.

C’est dans « Lettre d’une inconnue » que l’idée de l’amour pesant jusqu’à la fin est la plus exploitée. Nous y découvrons un héritage, des années d’émotions soigneusement dissimulées exprimées d’un coup. Elles sont orchestrées par l’amour. Toute la vie de cette femme est guidée par son amour pour cet homme, et elle va jusqu’à garder le fruit de leurs rencontres ponctuelles : son enfant. Leur enfant. Et c’est ce qui la pousse à avouer. Les premiers mots de sa lettre sont en effet : « Mon enfant est mort hier. » Ce qui rendait son amour réel disparaît. Elle-même rendra bientôt son dernier souffle, et avoue. Mais elle le fait dans le silence, comme toujours : « Mais tu n’entendras pas ce cri tant que je vivrai. » (p.55). Et c’est l’amour qui semble être la dernière émotion qu’elle ressentira. En effet, sa lettre se clôt sur ces mots profonds, sincères : « Je te remercie… Je t’aime, je t’aime… adieu ! » (p.56).

Finalement, l’amour est présent jusqu’à la fin, dans l’histoire de Zweig. Les personnages oublient la rancœur. Et c’est aussi le cas dans une des plus jolies nouvelles de ce recueil. Dans « Deux solitudes », les deux personnages sont seuls, oubliés et finissent par se parler. L’un boîte, et les gens ne l’attendent pas, l’autre est laide, et mal-aimée : « Il la connaissait sous le sobriquet de Jula le laidron ». Cependant, en parlant, ils ne voient plus leurs différences : « il ne pouvait plus distinguer son visage et elle, se laissant bercer par sa souffrance, ne s’aperçut même pas qu’elle avait adapté son pas » (p.75). L’amour s’insinue dans l’histoire si bien que celle-ci se conclut sur « un sentiment indéfinissable de bonheur » (p.75).

Julie Gaggioli, 1A, Edition-librairie, 2019-2020

Sources :
Site Babelio
Wikipédia : « Lettre d’une inconnue », Stefan Zweig
Universalis : Stefan Zweig                      

Biographie non exhaustive :
Dans la neige, 1904
La peur, 1920
Amok, 1922
La ruelle au clair de lune, 1922
24 heures de la vie d’une femme, 1922
La confusion des sentiments, 1927
La pitié dangereuse, 1939
Le joueur d’échec, 1943 (publié à titre posthume)

Biographie de l’auteur :

Nationalité : Autrichienne
Né à : Vienne en 1981
Mort à : Petropolis, Brésil en 1942

Zweig est un auteur qui a vécu pour sa passion de l’écriture. Il devient célèbre un peu avant ses vingt ans grâce à la publication de certaines de ses œuvres dans des revues. Il a aussi beaucoup traduit, Baudelaire et Verlaine par exemple.

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