Littérature américaine

Tim BURTON, La triste fin du petit enfant Huître et autres histoires

Tim BURTON, La triste fin du petit Enfant Huître et autres histoires

Traduit de l’américain par René Belletto
Edition bilingue illustrée par Tim Burton.
10/18, 2008 (première parution 1998)
Titre original : The Melanchoy of Oyster Boy and Other Stories, ed.Rob Weisbach Books, 1997.
ISBN : 978-2-264-02768-9

Un lien quasi inexistant à travers les nouvelles.

Une particularité qu’a ce recueil de nouvelles de Tim Burton c’est qu’il n’y a pas vraiment de liens très clairs entre les nouvelles qui le constituent. En effet, les personnages par exemple ne sont pas liés les un avec les autres et bien que certaines nouvelles en reprennent quelques-uns par la suite, les personnages ne se croisent pas et surtout ne se ressemblent pas. Ce lien est d’autant plus brisé avec la déshumanisation des personnages. Ce sont en fait des monstres, des objets ou des animaux qui agissent et vivent comme le ferait un humain, mais ils ne le sont pas. Par exemple, la nouvelle de l’ »Enfant Robot » dépeint un enfant robot éduqué par des humains. « Mais le petit bout de chou n’était pas fait comme nous, c’était un enfant robot pas chaud et sans peau » (p.15)

Le recueil en lui-même nous montre une discontinuité entre certaines nouvelles puisqu’elle ne se suivent pas. Par exemple, l’Enfant Huître qui meurt dans la première nouvelle dans laquelle il apparaît est toujours vivant dans la seconde. On ne peut donc pas non plus établir une chronologie à travers le recueil.

Une ironie omniprésente

Tout au long des nouvelles, l’auteur fait preuve d’une ironie légère touchant toujours un peu plus la sensibilité des lecteurs face aux désastreuses aventures de ses personnages.

Cette ironie prend différentes formes au fil des nouvelles. En effet, dans certaines, elle va provenir des caractéristique des personnages de la nouvelle. Par exemple, dans « Brindille et Allumette amoureux », on ressent avant même de lire la chute le tragique de leur situation, ce tragique étant confirmé par les vers de l’auteur à la fin

«  Mais le feu de la passion peut-il être entre une brindille et une allumette ? Eh bien oui à la lettre : il flamba comme rien. » (p.13.)

L’ironie peut aussi prendre la forme d’un jeu de mot, par exemple dans la nouvelle du « Bébé Ancre », deux amant qui s’aimaient sans pouvoir rester l’un proche de l’autre font un enfant histoire de rester métaphoriquement ancrés l’un avec l’autre. Pourtant, l’enfant devient au sens propre une ancre, maintenant sa mère loin de son père au fond de l’océan.

«  Et seule elle resta dans la vie, avec son bébé ancre gris, qui si pesant devint, qu’il la fit couler à la fin. » ( p.121)

Enfin Burton souligne son ironie avec une écriture respectant les codes de la poésie, si bien qu’on pourrait se demander si ce n’est pas en réalité un poème. Les rimes mettent en valeur le destin souvent tragique des personnages et c’est une chose assez récurrente.

La place importante de l’image dans le recueil de nouvelles.

Dans l’œuvre, les images sont présentes à toutes les pages et illustrent chacune des histoires. Elles n’ont cependant pas seulement vocation à les illustrer mais elles aident aussi à mieux les comprendre. Par exemple dans une nouvelle plutôt longue telle que La triste fin du petit Enfant Huître, les images permettent de tenir le fil conducteur de l’histoire mais permettent aussi au lecteur de bien se représenter ce que peut être un enfant huître dans cette histoire. On se rapproche aussi plus du personnage par l’image. Quand l‘enfant à peur dans le noir ne sachant pas ce qui va lui arriver, le lecteur lui est déjà horrifié de ne pas le voir se cacher en vue de son funeste destin. Les images nous tiennent en haleine et stimulent visuellement le lecteur qui se prend de pitié pour le personnage.

Ce n’est pas par hasard que les dessins de Tim Burton prennent autant d’importance dans ses histoires. Réalisateur de métier, il a été amené à tourner autant des films à prise de vue réelle que des film d’animation en usant par exemple du stop motion, procédé qui consiste à prendre une photo pour chaque micro-mouvement afin d’avoir un mouvement fluide. En tant que réalisateur, il sait comment prendre une image et comment capturer l’œil d’un spectateur, ses dessins en sont le reflet même.

On peut aussi remarquer que les dessins sont semblables aux personnage que l’on peut retrouver dans ses films, et, si l’on compare les croquis de certains aux dessins de la nouvelle, on perçoit facilement les similitudes. On est donc assez rapidement plongé dans l’univers du réalisateur et de l’écrivain qui ne sont qu’une seule et même personne.

Pour conclure, Tim Burton associe légèreté et ironie dans son œuvre et se passe de réels fils conducteurs à travers tout le recueil préférant de manière plus subtile retrouver ces mêmes personnages à d’autres moments de leurs vies. Il montre l’importance qu’a l’image dans ses récits qui ont autant la fonction d’illustrer les histoires que de captiver le lecteur.

J’ai choisi ce recueil car j’apprécie beaucoup le travail cinématographique de l’auteur ainsi que son univers sombre et humoristique par petites touches.

Enfin, je mettrais en lien cette histoire avec un film de Tim Burton, Les noces funèbres, qui est à la fois tragique et ironique et permet de bien repérer le style de l’auteur.

Stella Loriou, 1A, Bibliothèques-Médiathèques, 2019-2020

Sources :

Site officiel de l’auteur pour la biographie et bibliographie

Biographie :

Nationalité : américaine.
Né à Burbank (Californie), 1958.

Réalisateur, scénariste et producteur américain.

Bibliographie :
Tim Burton, The Melancholy of Oyster Boy and Other Stories, ed.Rob Weisbach Books, 1997.

Pour aller plus loin :
Films de Tim Burton :
Les noces funèbres, 2005.
Edouard aux mains d’argent, 1990.

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