Littérature américaine

Edgar Allan POE, Nouvelles histoires extraordinaires

Edgar Allan POE, Nouvelles Histoires Extraordinaires

Traduit de l’anglais par Charles Baudelaire, 1854
Le Livre de Poche, 2008.
ISBN : 9 782253 004332

Edgar Poe est une figure du romantisme américain considéré comme le précurseur du policier et fantastique. Né en janvier 1809 aux Etats-Unis, il meurt en 1849 dans des conditions suspectes. Son poème « Le Corbeau », paru en 1845, lui vaudra une renommée grandissante aux Etats-Unis et en Angleterre. Ancien journaliste, il crée une revue qui finit par disparaître en 1846. Sur un autre registre, on dit aussi de l’auteur qu’il aurait succombé aux vices (alcoolisme) de son père alors que son épouse sombrait dans la maladie avant de mourir en 1847.
C’est en 1854 que Baudelaire, emporté par leur fascination commune du mal, se fait traducteur des écrits de Poe, faisant croître sa notoriété posthume.

Dans ce recueil classique sont réunies vingt-trois nouvelles fantastiques et d’horreur traduites et regroupées par Baudelaire qui retranscrit avec justesse la complexité des textes originaux. Ces nouvelles, centrées autour du macabre et de l’étrange, nous plongent dans une réalité écrite avec précision où certains narrateurs sont confrontés à une folie engendrée par l’inexplicable, d’autres font face aux remords de leurs péchés ou bien à la perversité de leurs actions.

Folie ou surnaturel ?

Auteur de talent vu comme une référence classique, Poe a cette habileté de faire entrer le lecteur dans les pensées des narrateurs, tout en le rendant spectateur de situations angoissantes et inattendues. Si la plupart des titres de ses nouvelles se révèlent être un indice sur la chute, le nouvelliste réussit habilement à surprendre le lecteur. Dès les premières lignes d’une nouvelle, il sait généralement à quoi s’attendre : l’effroi, la mort, la folie, la superstition, … et pourtant, la fin déroute alors même que le lecteur ne sait plus ce qui est réel, et ce qui ne l’est pas. Qu’est-ce qui appartient à la réalité ? Qu’est-ce qui est issu de la folie du narrateur ? Ainsi, dans « Le cœur révélateur », le protagoniste pose dès le premier paragraphe la question de sa santé mentale :

« Vrai ! – je suis très-nerveux, […] –  je l’ai toujours été ; mais pourquoi prétendez-vous que je suis fou ? […] Comment donc suis-je fou ? Attention ! Et observez avec quelle santé, – avec quel calme je puis vous raconter toute l’histoire. »

Finalement, le lecteur doute du personnage qui semble devenir fou, incohérent. Irrationnel. Son péché l’a-t-il rendu fou au point d’avouer le plus ignoble des actes ? Ou faut-il chercher une raison plus surnaturelle – fantastique – à son aveu presque hystérique ?

Fiction ou philosophie ?

En outre, certaines œuvres semblent aller au-delà de la fiction, s’apparentant presqu’à des essais philosophiques. 

« Il n’est pas dans la nature de passion plus diaboliquement impatiente que celle d’un homme qui frissonnant sur l’arrête d’un précipice, rêve de s’y jeter. Se permettre, essayer de penser un instant seulement, c’est être inévitablement perdu ; car la réflexion nous commande de nous en abstenir, et c’est à cause de cela même, dis-je, que nous ne le pouvons pas. […] si nous ne sommes pas capables d’un soudain effort pour nous rejeter loin de l’abîme, nous nous élançons, nous sommes anéantis. » (Le « Démon de la Perversité »)

L’auteur y use d’une écriture riche pour amener son personnage à s’autodétruire, suggérant là que le reste du monde a les mêmes impulsions perverses.

Un lecteur impliqué

D’une manière générale, si la plume de l’auteur parait lourde et confuse en raison de tournures de phrases souvent complexes et de l’accumulation de détails, elle amène néanmoins le suspense à son paroxysme, laissant le lecteur impatient de connaître l’élément irrationnel ou angoissant qui est au cœur de chaque écrit. Poe parvient avec brio à capter l’attention de son lecteur en créant des personnages sombres, dérangeants ou dérangés, qui nous font réagir. Tel est le cas dans « Le Chat Noir » où le comportement du protagoniste nous horrifie lorsqu’ « [il saisit] la pauvre bête par la gorge, et délibérément, [fit] sauter un de ses yeux de son orbite ! » (p.12) Le narrateur, dans sa folie haineuse, enchaîne les actes ignobles. Mais une fois encore, la perversité innée de l’Homme mêlée à l’effroi d’une situation inexplicable et étrange est au centre de l’angoisse que suscite la nouvelle.

Ainsi, ce recueil est une illustration parfaite des talents de Poe en matière d’écriture fantastique notamment. Mêlant réalisme et irrationalité, il nous emporte dans des écrits qui font écho à la définition que donne Todorov dans son « Introduction à la littérature fantastique », selon laquelle « Le Fantastique, c’est l’hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles face à un événement en apparence surnaturel. »

Judith PIERRON, 1A Ed. Lib., 2019-2020

Sources :
Le livre
Site L’Internaute.
Article « Edgar Poe », Encyclopédie Universalis.
Sur « Le démon de la perversité » .

Biographie :

Nationalité : Américain
Né à Boston, Massachussetts, 1809

Poète, romancier, et nouvelliste, Poe est un auteur américain connu, entre autres, pour ses œuvres angoissantes et fantastiques

Bibliographie non exhaustive :

  • Le Corbeau, G.P. Putnam’s sons (The American Review : A Whig Journal), 1845
  • Les Aventures d’Arthur Gordon Pym de Nantucket, Harper&Brothers, 1838

Pour aller plus loin :
Une lecture de « L’Ange du bizarre » par Pierre Michaël sur France culture (premier enregistrement, 1982)


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