Littérature française, Poésie

Damien PAISANT, Absent présent

Damien PAISANT, Absent présent


Abordo éditions, 2017
ISBN 9791092965100

Sur le chemin du deuil

Comment se remet-on de la perte d’un proche ? Quels états nous traversent dans ce moment terrible ? C’est justement ce que nous fait entendre Damien Paisant avec Absent présent, dont le titre paradoxal du recueil suggère déjà le tiraillement que le deuil entraîne. L’auteur trace à force de vers, le cheminement que nous suivons au moins une fois dans notre existence, à la recherche du sens du Présent terrassé par l’Absent.

Cette suite de courts poèmes abordent principalement à travers trois mouvements, le sentiment de perte et la reconstruction intérieure qui la suit. On associe facilement ces mouvements aux différentes étapes du deuil : Damien Paisant parvient à retranscrire chacune de ces phases en ajustant parfaitement l’humeur et le style de son écriture à l’étape du deuil concernée. La beauté du texte n’est pas tant dans la finesse des rimes, puisqu’elles sont absentes, mais davantage dans la beauté des images.

Choc et déni

La première partie nommée « Ensemble » est très confuse . On ressent précisément la perte des moyens suscitée par la mort, l’Absent. Damien Paisant file cette première étape par une angoisse de la solitude qui dévore tout : le texte comme reflet de l’état d’âme. On comprend que cette idée angoissée n’est pas seulement omniprésente en terme d’image, mais elle l’est aussi dans la tête de celui qui doit faire face à l’invisible, à ce qui n’est plus. On retrouve ainsi l’idée récurrente de l’infécond, ou de ce qui amène la mort.

« Respirons/ ce parfum d’angoisse/ pour n’en tirer/ que l’essence/ ou plutôt l’audace/ des fleurs sauvages/ qui poussent/ sans eau
[…]
Crions/ jusqu’à ce que la mort/ nous entende/ faisons parler le manque/ jusqu’à boire ses paroles/ en plein désert »

Dans cette même idée d’angoisse de l’invisible, de ce qu’on a perdu et qu’on ne retrouvera plus, on pourrait penser à Darwich et sa quête d’existence face à une terre-mère qui ne sera plus jamais la même, en raison de l’invasion du colonisateur. Il vit cet exil comme la perte d’un proche : on ressent comme dans les vers de Damien Paisant, cette angoisse de ne plus savoir vivre comme avant, avec cet Absent qui ronge l’être petit à petit.

« Une grâce pour l’étranger qui discerne l’invisible/ plus net qu’un/ Réel qui n’est plus réalité. Je tomberai d’une étoile/ Du ciel sur une tente en route… vers où ?
Où est le chemin qui mène à quoi que ce soit ? Je/ vois l’invisible plus net qu’une/ Rue qui n’est plus ma rue. Qui suis-je après la nuit/ de l’étrangère ? »

Colère et Impuissance

Outre un diaporama douloureux des souvenirs, la partie « Origine » relate aussi un mouvement violent qui traverse l’endeuillé. L’impuissance fait naître la rage. Les indices de tristesse ont laissé place à ceux de la colère face à la Mort surpuissante, celle qui n’est pas humainement contrôlable.

« Mon jardin réclame/ de l’eau/ pour ses fleurs desséchées/ l’été brûlant a tout bu
[…]
La mort a tout bu/ jusqu’à la dernière goutte »

Par des vers plus courts que dans le premier mouvement, Damien Paisant donne un rythme effréné au texte. Tout comme l’angoisse précédemment, la colère possède le texte.

Acceptation

Progressivement, le texte s’apaise. Les vers sont plus longs, plus aérés : on pressent un esprit moins tourmenté. Des images douces et positives font leur apparition : le texte restait jusqu’ici proche du sol, de l’élément « terre », autrement dit, proche finalement des Enfers dans lesquels nous pouvons tomber face à la perte. Cependant, dans ce dernier mouvement, le texte semble s’élever par des images très aériennes.

Le texte devient plus lumineux ; d’où le titre de ce dernier mouvement « Lumineux désespoir ». Les vers coulent comme un long fleuve tranquille vers la reconstruction de l’individu. Le dernier mouvement donne aussi un nouveau langage, une façon de concilier une vie nouvelle avec l’Absent.

« Je ne crois plus qu’en l’étoile du matin
[…]
Le silence me parle/ une autre langue que je déchiffre »

Absent présent livre un espace-temps métaphorique dans lequel chaque individu peut s’identifier, et c’est ce qui donne une grande force au texte. La parole exprimée à travers un « je » universel, tente de concilier la souffrance profonde causée par l’Absent et un Présent qui offre un renouveau lumineux, quand on parvient à l’atteindre.

A.B, AS, Édition-Librairie, 2019-2020

Sources :
Pour la biographie de l’auteur :
Site Terre à ciel (consacré à la poésie contemporaine), consulté le 15/10/19

Biographie :

Nationalité : Français
Né en 1984 près de Paris.

Auteur et comédien, il commence en 2016 un travail sur le deuil. Il est surtout publié dans des revues comme Recours au poème ou Comme en poésie. Il publie son premier recueil Absent Présent aux éditions Abordo en 2017.

Bibiographie :

  • Absent Présent (extraits), Revues A l’index, Traction Brabant, Traversées, Phoenix, Recours au Poème, Nouveaux Délits, Comme en Poésie, Filigranes, Poésie Première, 17 secondes, Lichen, 2016-2017.
  • Absent Présent (recueil), Abordo éditions, 2017.
  • Par ici (deuil in progress) (extraits), Revues Cahiers de Poésie, L’Ours Blanc, Infusion, Lichen, 2017.
  • Eclats-Révolte (extraits), Revue Arpa, 2017-2018.
  • Fusion (extrait), Revue Ecrit(s) du Nord, 2018.

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