Littérature française, Poésie

Michel NICOLETTI, Poèmes

Michel NICOLETTI, Poèmes

Editions Tarabuste
Tome I : 1997, ISBN : 2-908138-61-1
Tome II : 2000, ISBN : 2-84587-003-5

Une poésie « sur la pointe des pieds »

« Mais pourquoi des poèmes ?
Pour séduire ?
Enchanter ?
Ce fut d’abord une vie difficile ;
Quelque chose en nous qui n’a pas eu lieu ;
Et je parle aujourd’hui comme on abat des grives »

(Et déjà les ronciers, 1970)

Pas d’ornement, pas de gratuité chez Michel Nicoletti. L’appel de l’écriture vient des profondeurs de l’enfance. C’est une déflagration qui secoue l’être entier, une nécessité intérieure, une urgence, une révolte qui s’exprime violemment. C’est ce parcours intérieur que donne à lire l’œuvre de Michel Nicoletti, qui s’écrit de 1966 à 1981 et rassemblé ici par les éditions Tarabuste en deux tomes.

Lorsque Michel Nicoletti écrit ces vers, cela fait déjà huit ans qu’il a pris la décision de se consacrer à l’écriture. Avant d’écrire, il était engagé dans l’action militante au sein de l’Union des étudiants communistes. La révolte du poète est inscrite dans son histoire familiale : Michel Nicoletti est né en 1937 dans une famille de militants. Elle est au cœur de son engagement dans la période communiste. Elle se dira désormais à travers l’écriture. Une deuxième vie commence alors pour lui : « J’écris pour me ressusciter » note-t-il dans son premier recueil de poèmes Les Galets Gris, publié en 1966. Gel puis dégel de la parole, images chères à Michel Nicoletti et qui jalonnent sa poésie.

La rencontre avec Pierre Albert-Birot, l’auteur de Grabinoulor, en 1964, a certainement été déterminante dans cette décision. Les deux hommes se voient toutes les semaines rue des Saints-Pères, parlent poésie, partagent leurs doutes mais aussi leur amour de la vie. De ces moments privilégiés naitra une amitié profonde, un « compagnonnage heureux », comme l’écrira Arlette Albert-Birot.

Parallèlement à son travail d’écriture, Michel Nicoletti est producteur à la Radio Télévision Scolaire (RTS) de 1966 à 1972. Il produit une série de films pédagogiques dont Poésie I puis Poésie II, Canisy vu par Jean Follain, réalisés par Patrice Gauthier. Ces films affirment que la poésie est partout pour qui veut bien la voir. Elle se définit, selon Jean Follain interrogé par Michel Nicoletti dans le film, comme un « tremblement ».

« Tremblement » : nous touchons là à l’essence même de la poésie de Michel Nicoletti.

« Tremblement » des feuillages, du vent à travers les arbres, du soleil à travers les branches, images récurrentes dans la poésie de Michel Nicoletti. La Nature, saisie dans toute sa simplicité, est partout présente, dans des poèmes qui, dans leur concision, se rapprochent de l’esthétique des haïkus :

« Soleil et gelée blanche
Innocence du ciel
Innocence du jour
Y décalquer nos vies »

(Brisailles, 1969)

Hospitalière, la Nature offre un réconfort à l’angoisse du poète.

Mais bien souvent elle se présente comme miroir de son âme : âpre, écorchée.

Un « tremblement » existentiel parcourt les textes de Michel Nicoletti. A travers des mots simples, une syntaxe épurée, la poésie se fait quête de sens. Les mots sont les vecteurs des « interrogations, de la détresse, des victoires, des révoltes, des refus insolents, des moments de juste équilibre, des temps d’adéquation heureuse » comme le note Arlette Albert-Birot dans la préface du tome I.

« L’angoisse est reine
Et sans répit me mord
Et sans détour me broie ( … )
Je cherche une sérénité
Quelques brins de lavande aux ongles de l’été »

(« Pénombre quotidienne », Intimités du doute, 1967)

Ces vers donnent à entendre la fêlure qui parcourt toute la poésie de Michel Nicoletti mais parviennent aussi à dire les bonheurs de la vie pour qui sait regarder ce qui l’entoure, ces petits riens qui donnent sens à notre existence. Poète voyageur au début des Galets gris dans l’Italie de ses ancêtres paternels, dans Salives à branches (1973) où les poèmes se font « journaux de voyage », poète marcheur, dans les rues du Paris de son enfance dans La Case départ (1980), Michel Nicoletti  puise dans ces pérégrinations le matériau de son travail d’écriture. La poésie de Michel Nicoletti est une poésie du regard porté sur le détail, le quotidien.

« Regarde bien dessus les toits
Ces nuages fripés et tendres
Regarde le soleil au bout des marronniers
Et ne sens-tu pas sous ta peau
Ne sens-tu pas se dresser
La poésie debout sur la pointe des pieds »

(« Le Guide ébloui », Intimités du doute, 1967)

Cette poésie « sur la pointe des pieds » n’a rien d’anecdotique. Bien au contraire. Elle nait de l’insignifiant mais elle dit tout, elle dit l’essentiel de nos vies. Michel Nicoletti se situe ici dans la lignée d’illustres prédécesseurs comme Prévert, Ponge ou Reverdy, qu’il lisait quotidiennement. Le poème réinvente le monde, le recrée par les mots et par là-même est seul capable de rendre le monde habitable, la vie supportable :

« Le poème
un lieu où vivre est accordé »

(Poème liminaire, Salives à branche, 1973)

Les poèmes de Michel Nicoletti aident à vivre, tout simplement.

Maria Bourrus, AS édition/librairie, 2019-2020

Sources

  • Wikipedia, page « Michel Nicolleti » (consulté le 27/10/19) :
  • Texte de présentation de poèmes inédits, Arlette Albert-Birot, Revue TRIAGES n°22, Tarabuste Editions, Saint-Benoît-du-Sault, juin 2010.

Biographie

Poète français  
Né le 10 juin 1937 à Paris  
Mort accidentellement le 30 août 1981 à Blois

Né d’une mère juive ukrainienne et d’un père italien, Michel Nicoletti est issu d’une famille de militants. Il adhère à l’Union des étudiants communistes (l’UEC) en 1956. Déçu de cette expérience militante, il décide, en 1962, de se consacrer à l’écriture. De 1959 à 1971, il est professeur de lettres dans l’enseignement technique. Il entre au CNDP (Centre National de Documentation Pédagogique). De 1966 à 1972, il est producteur à la Radio Télévision Scolaire. De 1972 à 1976, il produit un magazine hebdomadaire d’information en direction des adultes.

Bibliographie

Les Galets gris, Henry Fagne-Bruxelles, 1966
Intimités du doute, Cercle culturel de Bonaguil, 1967
Surgeons, Cercle culturel de Bonaguil, 1968
Brisailles, Cercle culturel de Bonaguil, 1969
Et déjà les ronciers, Yves Filhol, 1970
Salives à branche, Yves Filhol, 1973
Poèmes (journal), Les cahiers de la Barbacane, 1982
Mal des mots, Michel Nitabah, 1984

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